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Jenson Button a refermé la parenthèse Shanghai sans faire de chinoiserie. Le virtuose de Brawn GP a joué une partition parfaite à l’image de sa stratégie de course, également idéale contrairement à celle de Toyota qui détonnait dans le concert des leaders de Bahreïn et qui a entraîné Vettel dans sa chute. Soliste de Ferrari après le déraillement de Massa, Räikkönen n’a pas fait une seule fausse note et ramène à la Scuderia ses premiers points. Ténor de la saison dernière, Lewis Hamilton confirme la montée en puissance de McLaren Mercedes
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La victoire n’était qu’un mirage pour Toyota
La 3è victoire de la saison de Jenson Button, celle qui lui permet de réaliser un véritable break au championnat (le Britannique possède l’équivalent de plus d’une victoire d’avance sur ses plus proches poursuivants, Barrichello et Vettel, et plus du double de points de Trulli) est un modèle de stratégie à montrer à tous les directeurs d’écurie. Personne ne s’étonnera du fait qu’elle est paraphée Ross Brawn, qui a joué au chat et à la souris avec Toyota, trop tendre en matière de tactique de course car non rompue à l’exercice de la victoire. Un succès que Trulli espérait pourtant signer à Bahreïn, le lieu de l’un de ses premiers exploits avec Toyota, en 2005 (un podium).
« Je suis très déçu » avouait l’Italien en conférence de presse sans parvenir à décrocher un sourire, « Je m’attendais à la 1ère victoire de Toyota. Mais notre stratégie n’a pas fonctionné. J’ai suivi mon équipier pendant le 1er relais et je n’étais pas assez rapide par rapport aux autres qui étaient également en pneus durs pendant le deuxième. Sebastian [Vettel] m’a dépassé à l’occasion des derniers ravitaillements. J’avais alors les pneus les plus performants, j’ai attaqué, mais il n’y avait rien à faire » constatait, impuissant, le pilote Toyota.
Jarno a perdu le bénéfice de sa pole position en deux temps : 1) Lorsqu’il a cédé le leadership à Glock avant même le premier virage, 2) En chaussant ses pneus selon la séquence tendres/durs/tendres au contraire d’une évidente combinaison gagnante tendres/tendres/durs. « Au départ, mon moteur a coupé et j’ai perdu une place. Se retrouver derrière n’est pas idéal car on est dans les turbulences ; j’ai essayé de rester au contact et d’attaquer mais ce n’était pas suffisant. Soyons patients, mettons tout bien en place et ça devrait finir par arriver » conclut un Jarno fataliste. Au moment de son 1er ravitaillement, Trulli possédait 4 secondes d’avance sur Button qui devançait Hamilton, Vettel, Barrichello et Räikkönen, auteur d’un départ somptueux. Trois tours plus tard, l’écart était toujours de 4 secondes, mais en faveur du Britannique ! Un déficit de 8 secondes qu’explique un choix de gommes pour le moins incompréhensible de la part de Toyota. Les Bridgestone durs perdaient une seconde au tour sur leurs homologues tendres et nécessitaient un préchauffage de 3 à 4 tours. Le fait était connu depuis les premiers essais libres. Pareille stratégie aurait été judicieuse si Trulli avait eu l’assurance de rester devant ses rivaux directs à l’issue de la 1ère salve de pit stops. Il en était loin, Glock encore plus. Leader des 11 premières boucles, l’Allemand peinait encore plus que son équipier et perdait 2 secondes au tour sur les leaders. Il était 6è une fois la première fenêtre de ravitaillements refermée et tournait en 1:37.5 au 22è passage, contre 1:35.5 pour Button et 1:36.4 pour Trulli. Toyota venait de signer l’arrêt de mort de sa 1ère victoire en Grand-Prix.
Vettel doux-amer
Dans son chute, Toyota – qui n’a pas choisi de protéger la fuite de l’un de ses pilotes par le deuxième – a entraîné Sebastian Vettel. Le vainqueur de Shanghai a commis la 1ère bévue en perdant 2 places au départ. Contrairement à Button qui mettait tout en œuvre pour reprendre son bien au détriment d’Hamilton – « C’était une belle bagarre et Lewis était très difficile à dépasser. Mais j’ai réussi à lui faire l’extérieur, il était primordial de reprendre l’avantage immédiatement » – Vettel se laissait enfermer dans le paquet. Son retard sur Trulli culminait à 13 secondes avant les premiers pit stops. Un gouffre qu’il ne put combler par malgré 7 tours rapides. Sebastian est ressorti des stands dans les échappements de Trulli. Il venait de perdre toute chance de s’imposer. Il a passé les 18 tours suivants à contempler le diffuseur double de la TF109… « Quand vous êtes derrière, après 1, 2 ou 3 tours vous commencez à glisser énormément et il est difficile de rester au contact. Vous êtes dans les turbulences alors que celui qui est dans un air pur a un net avantage aérodynamique. Ce n’était pas mon cas et quand ça le sera ce sera bien plus facile » pestait Sebastian avec la hargne et le sale caractère qui sied aux champions mais en sachant trier le bon grain de l’ivraie.
« C’est un très bon résultat, nous marquons des gros points à la fin d’une course très difficile » poursuit Vettel, 3è au classement général, à 1 longueur de Barrichello. « Mon départ n’était pas trop mauvais, mais Lewis s’est porté à ma hauteur et je pense qu’il a dû appuyer sur son bouton très spécial ! » explique Vettel en faisant référence au KERS, l’arme principale des flèches d’argent à l’heure actuelle, « Je me suis retrouvé au milieu dans le 1er virage et j’ai perdu quelques places. J’étais derrière Lewis j’ai essayé de le passer mais ce n’était pas possible. Je savais que mon premier relais serait assez long mais j’ai buté sur Jarno et c’est très dommage car avec mes pneus tendres j’aurais pu réduire l’écart qui me séparait de la tête de la course. »
Button, un succès contre toute attente ?
Le gros chat de Brackley n’a donc fait qu’une bouchée des souris rouges de Cologne et le début de course impeccable de Button a mis Vettel hors d’état de nuire. Comme pour mieux attiser les braises de la frustration de ses rivaux, Jenson a servi un discours emprunt de modestie. Pour un peu, le vainqueur de 3 courses sur 4 depuis le début du championnat serait étonné d’être encore l’épouvantail 2009. « C’était une course difficile, vraiment. Je pense en effet que nous n’avions pas le meilleur rythme ce week-end, d’autres nous ont rattrapés, et peut-être même dépassés. J’ai réussi à tirer la quintessence de ce que j’avais à ma disposition. On a pas mal de choses à améliorer et arriver dans cette position à Barcelone, où l’on aura des nouveautés, est donc très réconfortant. »
Le pire pour ses adversaires est que Jenson a fondamentalement raison. La BGP 001 n’était pas hégémonique à Bahreïn. Le meilleur tour en course est la propriété de Trulli et le rythme de course global de Vettel était supérieur à celui de Button quand bien même l’Allemand a souvent roulé en devant composer avec des turbulences aérodynamiques.
Une preuve de la fragilité de Brawn GP et des doutes qui la rongent est venue de la stratégie de course de Barrichello, à 3 arrêts. Un véritable fiasco. Elle n’avait pas été déterminée au moment des qualifications (Rubens n’emmenait que 3kg de plus que Button). Bloqué derrière le tandem Hamilton/Vettel, Barrichello a devancé son pit stop de 7 tours. Le Brésilien a concédé à son équipier une trentaine de secondes surnuméraires après son premier ravitaillement.
Ferrari marque ses premiers points
Bahreïn 2009 est le meilleur résultat de la Scuderia Ferrari depuis le début de la saison. Il faut pourtant remonter au GP de Singapour pour trouver trace d’une telle déroute de la Rossa en 2008. 3 points suffisent au bonheur de l’écurie champion du monde en titre. 3 points ramenés par un Räikkönen brillant au volant d’une F60 tout simplement dépassée dans tous les compartiments de la course.
Le championnat du monde dépassera le cap de son premier quart à Barcelone, le 2è week-end du mois de Mai. Avec 50 points, Brawn GP a déjà marqué près du tiers du total d’une écurie championne. Mieux, elle a désigné son pilote numéro 1 sans vague et sans consigne, sans heurt ni malheur et ne devra probablement pas diviser les points entre ses deux pilotes au championnat des Conducteurs. Rubens Barrichello avait pourtant juré qu’on ne l’y prendrait plus… |