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Au lendemain des derniers essais de l’intersaison, le champion du monde en titre répond au feu nourri des questions de sa propre écurie : ses chances de conserver son titre, les forces de sa monoplaces, son style de pilotage, ses rivaux, la nécessité de se rapprocher de Bridgestone, Jenson fait une revue de détails exhaustive.
Quels sont vos chances de défendre votre titre mondial et qui craignez-vous le plus ?
J’espère que mes chances sont bonnes. Notre voiture s’est montrée très fiable ce qui est toujours important pour une saison qui s’annonce longue. Le dernier jour où j’ai pris le volant nous avions un nouveau package aéro qui a bien marché. J’ai fait une simulation de course l’après-midi ainsi que certains runs avec moins d’essence à bord et tout a parfaitement bien fonctionné. Je suis content de la manière dont l’auto se comporte mais j’ai le sentiment qu’elle a encore une marge de progression.
Nous allons à Bahreïn avec un package qui, je pense, sera compétitif car l’équilibre est bon, tout comme le fiabilité. Mais nous ne savons pas si nous serons rapides par rapport aux Ferrari, Red Bull Racing et Mercedes. Ce sont les principales écuries à suivre. Deux autres équipes ont construit une voiture qui est compétitive pour le moment mais je pense qu’elles ne seront pas aussi bonnes que les 4 autres avec toutes les évolutions à venir.
Lorsque vous êtes monté pour la 1ère fois dans la McLaren, vous avez eu quelques problèmes, c’était inconfortable. Comment vous sentez-vous dans l’auto désormais ?
Vraiment bien. Nous avons déplacé pas mal de chose sur l’auto afin que je puisse y rentrer et je me sens très à l’aise maintenant. L’équipe a vraiment écouté ce que j’avais à dire et a immédiatement apporté les ajustements nécessaires. C’est étonnant de voir avec quelle rapidité nous avons pu construire un nouveau baquet en carbone. Je suis à l’aise et c’est important pour la 1ère course. Je veux être à 100% dès mon arrivée. Il fallait s’y attendre : l’année dernière l’équipe avait 2 pilotes qui sont 10 ou 12 cm plus petits que moi, mais je suis à l’aise maintenant.
Etes-vous à l’aise lorsque vous utilisez les plus fortes charges en carburant ?
Ça me va bien. La voiture marche différemment en fonction des quantités d’essence, l’équilibre de l’auto est différent, mais je suis satisfait de la manière dont l’auto se comporte et notre vitesse est bonne. C’est un pilotage très différent de celui de l’année dernière, nous devons faire attention aux pneus un peu plus qu’avant car normalement nous roulions avec deux fois moins d’essence. C’est dur pour les pneus et il faut vraiment faire fonctionner les pneus de la bonne manière. Ils sont un peu sur le fil du rasoir : soit ils marchent bien soit ils sortent de la fenêtre de température optimale et ils s’effondrent. Il est important d’obtenir beaucoup d’informations de Bridgestone. Je pense que ce sera une clef pour faire une bonne course.
Quel impact l’interdiction de ravitailler aura-t-elle ?
Je pense que nous verrons beaucoup de stratégies inhabituelles. Les écuries de pointe auront des tactiques similaires mais d’autres équipes tenteront de s’arrêter 2 ou 3 tours avant leurs rivaux pour chausser des pneus neufs et les dépasser. On aura aussi des écuries qui ne sont peut-être pas très compétitives qui tenteront des trucs de fous comme s’arrêter aux stands après 1 tour de course et ensuite aller jusqu’au bout. Il y aura donc beaucoup de stratégies différentes et ça sera excitant pour les téléspectateurs. Mais le problème est qu’il est très difficile de savoir quelle sera la stratégie. On ne peut rien prévoir à l’avance – tout ce que l’on peut faire c’est passer en revue les scénarii possibles et espérer être prêt lorsqu’il faut changer de tactique. Ce sera un Dimanche après-midi très chargé pour les ingénieurs. Ils ne feront pas seulement leur boulot normal, ils devront décrypter toutes les situations.
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Quel sera le bénéfice de votre style de pilotage sur la gestion des pneus, en particulier en qualifications. Est-ce que lors des longs runs vous avez vraiment testé l’auto avec l’aileron avant ajustable ?
La plupart du temps, nous n’avions pas d’aileron avant ajustable cet hiver et il était donc difficile de faire des longs runs car avec la manière avec laquelle l’auto travaille avec le plein d’essence il faut faire beaucoup d’ajustements. Avoir l’aileron avant ajustable lors du dernier roulage était donc super, on joue beaucoup avec au fur et à mesure que la quantité d’essence diminue. Même chose pendant un relais. La fiabilité de l’aileron est importante.
Mon style de pilotage ? Je pense qu’il est en adéquation avec les nouvelles règlementations. Je pense que la plupart des pilotes de la grille peuvent s’adapter. Le style est toujours différent pour moi aussi car c’est comme une course d’endurance, comme Le Mans j’imagine. Si vous endommagez vos pneus, surtout à l’arrière, ils développent du graining et vous êtes foutu pour la totalité du relais ! Il faut être doux avec l’auto, parfois vous avez la sensation que vous tournez le coude à la portière, que vous ne poussez pas l’auto dans ses derniers retranchements, mais vous pouvez quand même faire un bon temps.
L’après-midi de Bahreïn sera intéressante. Je pense que nous en apprendrons bien plus à cette occasion. Nous comprendrons ce que les autres font et quel type de stratégie fonctionnent bien pour eux pour le restant de l’année.
Les fans, et même ceux qui s’intéressent à la F1 de loin, savent que cette année pourrait être très spécial. Avez-vous déjà été plus excité au départ d’une saison ?
L’année dernière j’étais très excité – j’avais une voiture dont nous savions tous qu’elle était capable de gagner la première course. La position dans laquelle nous étions – nous ne savions même pas si on pourrait être sur la grille – tout ça faisait que c’était très excitant. Mais cette année l’est encore plus du fait du niveau de compétitivité des 4 écuries de pointe, plus Sauber et Williams. De plus, je pense que le retour de Michael Schumacher est génial pour le sport et je suis impatient de me mesurer à lui. Avoir un équipier exceptionnel comme Lewis et me battre contre lui sur les circuits c’est un défi très excitant pour moi. Et puis il y a Alonso chez Ferrari : il y a tellement de changements cette année !
Tout ça c’est bien pour le sport. L’année dernière, nous avons eu une publicité négative, cette année je pense que ce sera fantastique, la publicité sera bonne car nous avons des champions du monde dans des voitures compétitives.
La rapidité de la McLaren semble avoir été bonne et meilleure que la plupart des autres mais peut-être encore plus important, sa vitesse dans les longs runs et l’augmentation de son rythme, l’abaissement de ses temps au tour. Qu’en pensez-vous ?
A Jerez, Lewis et moi avions trouvé que c’était assez difficile, mais peut-être était-ce parce qu’il faisait froid. Il était difficile de faire fonctionner les pneus. A Barcelone, Dimanche c’était encore difficile car il avait plu le matin et il on projetait des débris de gommes tout autour du circuit, l’arrière de l’auto était paresseux. J’ai dépassé pas mal de pilotes pendant mon long run, et donc notre vitesse était de toute évidence très bonne. Par rapport à Ferrari, si l’on analyse les choses sur la distance d’une course, nous sommes sortis vainqueurs. Mais encore une fois, vous ne savez jamais exactement ce que les autres font.
Ça semble bien se présenter. Le Dimanche, Lewis était très rapide et la constance semble bonne également. Conserver les pneus en bon état est important. Il semble que pas mal de voitures soient rapides sur un tour à en juger par les temps au tour qui sont très serrés, mais parvenir à faire fonctionner le tour sur la distance d’une course sera une autre paire de manches. A voir les temps de Lewis tomber le Dimanche, on se dit que c’est très positif car si vous avez une voiture qui en demandent trop à ses pneus, ils peuvent s’effondrer et même éclater.
Pensez-vous que la performance changera d’une écurie à l’autre et d’un circuit à l’autre comme l’année dernière ?
Je ne pense pas que ce sera autant le cas. Je pense que l’année Red Bull Racing était très forte dans les courbes rapides, la Brawn GP n’était pas aussi à l’aise mais elle était très bonne dans les virages lents et moyens. Je ne pense pas que ce sera le cas cette année car je pense que les manières dont les F1 fonctionnent, du point de vue aérodynamique, sont bien plus semblables que l’année dernière. Il peut y avoir de petites différences, je ne suis sûr de rien, mais nous en saurons plus après Melbourne car à Bahreïn pour la 1ère course, il n’y a pas vraiment de courbes rapides, surtout avec cette nouvelle portion du circuit. Il faudra donc attendre Melbourne, voire la 3è course de la saison. |