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Lewis Hamilton et Jenson Button ont offert à McLaren son 2e doublé de la saison après celui de Shanghai. Les deux Britanniques ont donné une leçon d’intelligence de course à leurs homologues du taureau rouge qui se sont mutuellement mis à mort alors que le doublé leur semblait promis. Ce soir, la cohabitation entre Webber et Vettel s’est lézardé même si l’Allemand et l’Australien ont eu les mots justes à chaud. Mercedes GP mesure le chemin qui lui reste à parcourir pour faire la jonction avec les deux écuries de pointe alors que Ferrari se prend les quatre sabots dans le tapis Turc.
Météo : Nuageux, quelques gouttes de pluie
Air : 26-29°C
Piste : 35-48°C
Vent : 2-4,6 m/s
Humidité : 43-55%
Les deux maîtres mots de la quête d’un championnat du monde de Formule Un sont la compétitivité et la fiabilité. Après 7 Grand-Prix en 2010, Red Bull Racing cumule les honneurs dans la première catégorie, et les déshonneurs dans la seconde. La RB6 est sans rivale en qualifications et bien souvent la plus performante en course. Côté fiabilité – qu’elle soit mécanique ou humaine – c’est la déroute la plus complète. Vettel a longtemps servi de paratonnerre des foudres techniques qui se sont abattues sur une RB6. La dernière en date remonte à hier et l’a privé de la pole position à Istanbul (bris d’une barre antiroulis). Maintes fois froissés par leur machine, ce Dimanche c’était au tour des hommes de froisser du carbone ! Aussi et après avoir été maintes fois prise en défaut, la direction de Red Bull Racing serait-elle bien inspirée de ne pas tomber à bras raccourcis sur ses deux pilotes qui ont par ailleurs été d’une correction exemplaire dans leurs déclarations à chaud. Pourtant, l’accrochage du 40e des 58 tours du Grand-Prix de Turquie a privé Vettel ou Webber, Webber ou Vettel, d’une victoire. Il a aussi spolié Red Bull Racing en lui retirant un doublé et 28 points.
Jusqu’à ce 40e tour fatal aux espoirs du taureau rouge, les deux RB6 avaient mené les débats. Webber avait capitalisé sur sa pole position pour virer en tête et ne plus la lâcher pendant que Vettel avait eu deux passes d’armes avec Lewis Hamilton pour le gain de la 2e place. La première en piste, au départ, la seconde dans les stands à l’occasion des pit stops. Celui de Lewis ayant duré deux secondes de trop, Sebastian avait profité de l’occasion pour devenir le dauphin de Webber. Les deux RB6 et les deux MP4-25 (4e, Button était venu à bout de Schumacher dans le premier tour) se tenaient en 1,5 à 2,5 secondes et alors que les ingénieurs annonçaient la pluie à leur pilote c’est une tempête sous un casque qui s’est déclenchée.
En sortant de la montée du virage 11 qui a été le point faible de la RB6 pendant tout le week-end, Sebastian Vettel avait trouvé l’astuce et l’adhérence pour enregistrer sa meilleure vitesse de pointe de la journée : 313 km/h. Pour avoir personnellement repoussé un assaut d’Hamilton au 18e tour, l’Allemand savait que seule une attaque sur la partie intérieure de la piste pouvait être couronnée de succès. Il s’est engouffré sur le côté gauche de la RB6 de Webber qui s’est entêté à lui laisser la marge de manœuvre minimale. Une fois engagé, Vettel ne pouvait décemment couper son élan. La roue arrière gauche de Sebastian a brièvement léché la ligne blanche et soulevé un peu de poussière, l’Allemand a amorcé un léger mouvement sur la droite. Il avait quasiment dépassé Webber mais l’Australien n’avait pas ouvert sa trajectoire et un écart de 10cm a suffi pour provoquer la collision. Vettel a abandonné dans la zone de dégagement avec une gestuelle claire remettant en cause la santé mentale de son équipier pendant que ce dernier passait par les stands pour changer de museau et reprendre la couse en 3e position. « Je pensais que j’avais l’avantage en vitesse de pointe. On était côte-à-côte, il a bifurqué vers la droite et on s’est accrochés. C’est un choc pour moi et pour l’équipe ; c’est stupide d’avoir un accrochage entre nous mais ça arrive parfois entre équipiers. Malheureusement nous étions tous les deux en tête » explique Mark Webber. « La victoire n’était pas garantie sur facture ; c’était très serré entre nous. »
A la question « Etiez-vous confiant de pouvoir rester devant les McLaren ? », Webber a lâché dans un souffle « Oui, j’étais confiant. »
« Je ne suis pas très content qu’une chose pareille soit arrivée. Nous avions le même rythme et j’avais le sentiment de pouvoir aller plus vite. J’ai plongé sur la gauche, le virage se profilait et je me suis donc concentré sur le freinage. J’ai perdu le contrôle de l’auto. Nous sommes une équipe et nous devons respecter cette réalité » a expliqué Vettel sans jeter d’huile sur le feu.
Subitement propulsé en tête de la course alors qu’il n’avait pas réussi à trouver l’ouverture auparavant, Lewis Hamilton a dû surveiller sa consommation et se méfier des quelques gouttes de pluie qui commençaient à tomber, mais aussi de son équipier. Ce fut l’occasion pour le binôme McLaren de montrer à celui de Red Bull Racing comment se battre entre équipiers sans mettre en péril la quête de l’écurie et de ses pilotes. Button a débordé Hamilton à l’abord de ce même virage 12 où Webber et Vettel se sont accrochés. Lewis lui a rendu la monnaie de sa pièce dans le 1er virage du tour suivant. A aucun moment l’un des deux protagonistes n’a imaginé laisser une marge de manœuvre infime à son équipier. « C’était une course vraiment excitante ! » sourit le vainqueur du jour qui revient à la 3e place au classement général, « On savait que notre rythme de course était bon et il était capital de rester au contact de Red Bull Racing. Elles étaient très rapides dans le virage 8 et il était donc difficile de rester dans l’aspiration. Quand ils se sont percutés, c’était plus facile ! Il est inattendu mais c’est un grand résultat pour l’équipe. »
« J’étais bien placé dans le virage 12, j’ai vu une opportunité et franchement je me devais d’y aller. On était roue contre roue pendant 5 virages, c’était très fun ! » renchérit Button, « Puis Lewis a repris l’avantage dans le 1er virage. Après ça, j’ai basculé sur le mode d’économie d’essence. C’était obligatoire car la course fut plus intense qu’on le pensait et donc la consommation plus grande. »
Au-delà de l’obligation faite à Red Bull Racing de colmater les brèches dans la cohabitation Vettel/Webber, l’enseignement de la journée est la montée en puissance de McLaren sur les virages rapides où son F-duct, son moteur Mercedes ainsi que ses vertus mécaniques, font merveille au point de rivaliser avec l’aérodynamique de la RB6. La monoplace de Milton Keynes conserve un avantage significatif en qualifications grâce à sa faculté de pouvoir tirer la quintessence des pneus dès le premier tour lancé, mais les valeurs sont nivelées en course. « Notre rythme était excellent pendant toute la course. On ne s’y attendait pas mais on était au même niveau que les autres » concède Button.
4e, Schumacher obtient son meilleur résultat de la saison qui fait écho à sa meilleure qualification. Mais comme à Barcelone (sa meilleure arrivée jusqu’à aujourd’hui), Schumacher accuse un retard considérable sur les McLaren et les Red Bull Racing. Les progrès sont pourtant substantiels : la minute de retard a été divisée par deux. Pour Renault, dont les deux monoplaces ont passé l’après-midi dans le sillage des Mercedes W01, les progrès sont encore plus significatifs sur un circuit qui était, sur le papier, à l’opposé du tracé idéal pour la R30. Le 800e GP de la Scuderia Ferrari s’est soldé par une Berezina. A Istanbul, la Rossa était la 5e force du plateau. |