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Il y avait du Donington 1993 dans le Shanghai de 2010. Un spectacle hors du commun distillé par une Formule Un devenue aussi folle que la météo, une F1 soumise à un vieux supplice asiatique, celui de la goutte d’eau. Perlant avec méthode sur le front des prisonniers, elle avait pour finalité de briser leur sommeil, leur volonté et de les rendre dociles, voire fous. Hier, les prisonniers étaient heureusement de simples pilotes et ingénieurs et ils n’étaient embastillés que dans leurs décisions et quelques intempéries. L’eau qui a goutté par intermittence sur les visières des pilotes et les écouteurs des murets des stands a bien fait tourner quelques têtes.
Il y a 17 ans en Angleterre, le tracé fade de Donington Park avait épicé son spectacle en faisant appel à son fidèle allié, le climat ‘so British’. La pole position d’Alain Prost et de sa Williams Renault s’est diluée dans les averses anglaises. L’avance de 1,6 secondes au tour sur Senna a fondu et s’est cristallisé au profit du chasseur devenu chassé. Pendant qu’Ayrton et McLaren ne se laissaient pas envahir par le doute, Prost, Damon Hill et Williams craquaient sous la pression de leur besoin de résultat, sous leur statut de favori que rien ne devait pouvoir effriter. Alain Prost s’est arrêté aux stands 7 fois pour changer de pneus – un record dans l’histoire de la discipline. Damon Hill a obtempéré une fois de moins. Senna ? 4 pit stops tout de même, et un passage par les stands sans immobilisation devant son stands. Une erreur de communication, une stratégie ravisée au dernier moment. Au sortir de ce Grand-Prix d’Europe dont certains ont dit que trop de suspense tue le suspense, Alain Prost était meurtri : 3è à 1 tour de Senna qui jubilait d’avoir joué un sale tour à son ennemi juré.
En 2010 à Shanghai, le grand gagnant du supplice de l’eau s’appelle Jenson Button. Le nouveau roi de la pluie – après l’Australie il a maîtrisé à la perfection les évènements en Chine – est le premier à remporter deux victoires en 2010. Par la même, il sort du cœur du classement général et se propulse à sa tête et fait le chemin inverse (il ne les entête plus mais gagne leur cœur) chez ceux qui étaient faussement sceptiques à la suite de son couronnement 2009, annoncé trop tôt et biaisé par l’avantage technique du diffuseur double. A Shanghai 2010 comme à Donington 1993, il convenait de passer par la case stands le moins possibles. Deux tendances se sont dégagées : les adeptes du changement de pneus et les apôtres du ‘Il est urgent d’attendre’. Les sprinters d’un côté – Vettel, Hamilton – qui ont déjà le couteau sous la gorge après 3 Grand-Prix, et les tacticiens de l’autre qui n’ont pas grand-chose à perdre et tout à gagner. En Chine, ceux qui ont utilisé les pit stops avec parcimonie ont pris l’avantage dès les 5 premiers tours de course. Vettel, Hamilton et Webber accusaient plus de 50 secondes de retard sur le trio de tête Rosberg/Button/Kubica et il n’ont dû qu’à la voiture de sécurité de pouvoir se relancer dans une course où ils avaient bu la tasse dès les premières longueurs de bassin.
Oui, il y avait du Donington 1993 dans le Shanghai 2010. Mais une différence de poids distingue les deux évènements : si une McLaren s’est imposée dans les deux cas, le grand vainqueur (Button) et l’un des perdants (Hamilton), le sniper et le mitrailleur de pit stops, sont d’authentiques amis. Le grand perdant Sebastian Vettel ne dit mot et fourbit ses armes pour mieux faire parler la poudre dès son retour en Europe. |