La F1 avait rendez-vous avec l'Histoire aujourd'hui à Interlagos. Avec les contrastes également. A la joie de Felipe Massa, vainqueur chez lui, et à celle de Fernando Alonso, dauphin du Brésilien à Sao Paulo et champion du monde 2006, s'opposait la mélancolie de Michael Schumacher, interdit de victoire, de podium et de la sortie de scène dont il rêvait et à laquelle un pilote de son rang - le plus titré de l'Histoire, et de loin, Michael possède autant de titres et de victoires que Senna et Prost réunis - avait droit.
Les deux derniers Grand-Prix auront été deux coups de poignard dans la carrière de Schumacher. Autre contraste, lui qui a si peu connu les affres de la trahison de la mécanique tout au long de ses 16 ans de Formule Un a accumulé les pépins mécaniques au Japon et au Brésil, des pépins qui soulignent cruellement que la F1 est un sport d'équipe et mécanique. Toutes les qualités d'un individu ne sont rien si la mécanique ne se me met pas à son service. Des pépins qui auront annihilé ses chances de couronne mondiale, son voeu d'en offrir une dernière à Ferrari avant sa retraite.
10è sur la grille de départ car le nouveau recordman du tour du circuit José Carlos Pace avait été interdit de Super Pole à la suite d'une défaillance de sa pompe à essence, Michael Schumacher a pris un départ incisif mais s'est rapidement heurté à un mur de remerciements. Nouveau contraste, les BMW F1.06 étaient les seules à lui rendre hommage ce week-end - les "Thanks Michael" avaient fleuri sur les ailerons arrière des voitures de Hinwil/Munich - mais elles furent les premières à s'opposer à lui dans le premier virage, lorsque Kubica et Heidfeld entamaient un duel à couteaux tirés en prenant toute la largeur de la piste, duels qui présagent de beaux casse-tête en 2007 pour Mario Theissen, directeur de BMW Motorsport.
Remonté au 6è rang au 2è tour, Schumacher patientait derrière le safety car entré dans la ronde pour permettre le nettoyage de la piste des débris des deux Williams qui s'étaient lancées un défi fratricide. Les drapeaux verts brandis au 6è passage, Michael se mettait rapidement en devoir de déborder Fisichella, qu'il parvenait à effacer deux tours plus tard, avant de souffrir d'une crevaison à l'arrière gauche, au plus mauvais endroit du circuit, dans les esses de Senna soit juste après avoir passé l'entrée des stands. Ses chances de faire entendre raison à Alonso et Renault, infinitésimales, tendaient dès lors vers zéro.
Il restait à Schumacher à sortir par la grande porte, à produire une course d'anthologie. Ce qu'il fit en remontant un handicap de près de 50 secondes sur les Alonso, Button, Räikkönen et consorts. Certes, l'Espagnol avait la tête ailleurs. Le titre lui tendait les bras à condition de ne pas commettre de faux et de ne pas tirer sur sa machine. Le reste du peloton de tête n'avait en revanche aucune raison de lever le pied. La remontée de Schumacher fut l'occasion pour Renault de se rendre compte, une fois encore, des limites de son fer de lance 2007, Giancarlo Fisichella, ridiculisé au 62è tour. Räikkönen opposa une résistance plus propre et plus intelligente, plus hargneuse également. Le Finlandais a tout de même baissé pavillon. Le passage de témoin entre l'ancien pilote Ferrari et le nouveau aura eu lieu selon les termes du second nommé.
En tête de la course, Felipe Massa n'a jamais tremblé. Leader du premier au dernier tour - hormis lors des pit stops - le Brésilien a fait chavirer la foule de plaisir. Contrairement à Barrichello, Massa n'a pas déçu les siens. 13 ans après la victoire de Senna à Interlagos, Felipe s'est imposé de main de maître. Nouveau contraste. Felipe brandissant le drapeau brésilien à la manière de Senna ? Le Pauliste a toujours avoué que sa préférence allait à Nelson Piquet, plus nature, plus sympathique et blagueur qu'Ayrton. Dernier contraste, un podium avec une Ferrari sur la plus haute marche, sans que le rouge soit mis. Felipe arborait les couleurs de son pays sur sa combinaison. Le rendez-vous avec l'Histoire était le fil rouge du Grand-Prix du Brésil. On peut simplement regretter que Michael Schumacher, 4è à l'arrivée, n'ait pas été invité par la FIA à participer à la conférence de presse d'après-course. Un goût d'inachevé...