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La consécration mondiale, et la manière dont il est allé la chercher depuis la 14è place de la grille de départ, à totalement décomplexé Jenson Button. Introverti depuis quelques semaines, le Britannique a laissé sauter le couvercle de la marmite pour se débarrasser de la pression et laisser éclater sa joie. Volubile devant la presse réunie autour de lui, l’Anglais n’a pas hésité à tomber dans l’excès en qualifiant le GP du Brésil de « La plus belle course que j’ai faite de toute ma vie ! » avant de tenter de démêler ses sentiments, « D’accord, c’est en partie à cause de l’émotion qui me submerge, mais je savais ce que j’avais à faire et je l’ai fait. C’est pourquoi je peux m’asseoir ici devant vous en étant champion du monde. »
Pouvez-vous décrire vos sentiments ?
J’ai l’impression de courir encore. Tout s’est bousculé depuis que je suis sorti de la voiture. C’est plus un soulagement qu’autre chose. Je me sens submergé par la joie, tous les bons et les mauvais souvenirs ont ressurgi dans mon esprit, pas seulement ceux de cette année mais des années précédentes. Cette année surtout bien sûr car le début de saison était fabuleux puis les dernières courses ont été stressantes car la vitesse nous avait fui. Quel que soit le problème en qualifications, nous avons eu du mal. Ça m’a compliqué les choses car mentalement ça fait mal lorsque vous ne parvenez pas à tirer la quintessence de la voiture ; je lisais également les journaux et il y avait des commentaires négatifs. C’est dur lorsque vous pensez être au summum de votre forme. Mais il y a également eu des choses positives écrites sur nous cette année.
Etait-ce frustrant de suivre Kobayashi pendant si longtemps ?
Ce type est fou ! J’imagine que c’est à mettre sur le compte de l’inexpérience, mais il bouge énormément au freinage ce qui rend les choses très compliquées comme Nakajima a pu s’en rendre compte. Tous les autres étaient rudes mais corrects, lui il était un peu fou et il se fera remettre à sa place dorénavant. Je devais me battre avec l’auto dans les 3 derniers virages pour me rapprocher suffisamment et avoir une chance d’attaquer un concurrent dans le 1er virage, donc je devais freiner très tard car je n’étais jamais collé dans sa boîte. Vous pouvez penser que c’était risqué mais je savais que je devais prendre des points à Rubens, ou me rapprocher de lui. Il était 2è, je savais donc que je devais être 5è, c’était mon but. C’était probablement la plus belle course que j’ai faite ; je ne l’ai pas gagnée, mais j’ai fait tout ce que je pouvais. J’ai gagné le championnat avant la dernière course et c’est un sentiment très agréable. Je sais que ça m’a pris plus de temps que ce que les gens pensaient, mais c’est la F1, il y a des pilotes stupéfiants dans ce sport. Il y a de très bonnes écuries également et nous avons vu tout au long de l’année que beaucoup de voitures différentes pouvaient se battre pour la victoire. Ça a rendu les choses difficiles pour chacun.
C’était assez équilibré jusqu’au second ravitaillement de Rubens…
Oui, il était 4è ou 3è et j’étais 6è à ce moment-là. Je savais que tous ce dont Rubens avait besoin c’était de marquer 4 points de plus que moi. Je savais que je pouvais rester 6è, mon rythme était assez bon. Mais je ne voulais pas laisser Vettel passer car j’ai l’instinct du combattant. Il a pu me passer lorsque je me suis retrouvé bloqué derrière une autre voiture, mais la 5è place était tout ce que je pouvais obtenir et elle était suffisante.
Vous avez changé d’approche lors des dernières courses ; qu’est-ce qui a changé ?
Je n’ai rien changé lors des dernières courses, j’ai attaqué lorsque j’avais la vitesse pour le fait, lorsque la piste était dégagée devant moi. Mais je n’ai pas réussi à maîtriser les qualifications lors des dernières courses et je ne sais pas pourquoi. Il faudra s’en préoccuper pour la dernière course car je ne veux pas être battu alors que je suis champion du monde. C’était peut-être le stress, peut-être n’avons-nous pas réussi à tout mettre en place. Je pense que c’est plutôt la dernière hypothèse la bonne.
En vous réveillant le jour de la course, pensiez-vous que vous pourriez être champion aujourd’hui ?
En fait oui. Je ne savais pas ce que Rubens pourrait faire mais je savais que je pouvais viser la 5è ou la 6è place. Nous avons analysé notre stratégie et j’ai dit que la 5è place était à ma portée, j’ai fait tout ce que je pouvais et je suis allé au lit très heureux car je pense qu’après les qualifications j’étais vraiment mal. Je me suis assis dans la pièce qui m’est réservée après les Q2 et j’ai repensé aux qualifications. Elles auraient dû bien se passer car il pleuvait et j’adore la pluie. Mais le pire scénario m’est tombé dessus : mon équipier était en pole… je me sentais mal, j’étais malade, réellement. Puis je suis allé voir l’équipe, tout le monde était positif. Je suis reparti entouré des miens, je me suis désaltéré et je savais que j’étais prêt pour l’action. J’étais optimiste car c’est toujours difficile d’être celui qui se bat pour le titre sur ses terres.
Etes- vous en position de dire si vous défendrez votre titre avec Brawn GP ?
J’espère être en F1, ce serait dommage si ça n’était pas le cas. Mais je n’ai encore rien décidé. Peut-être que je courrai dans une autre discipline ou que je ferai autre chose. J’ai gagné le championnat du monde ! Non, je veux être là l’année prochaine et je veux être dans une équipe qui peut se battre pour la victoire. Brawn GP peut le faire. Ces gars ne sont pas des héros d’un jour, ils sont très talentueux. Nous ne sommes peut-être pas une grosse écurie comme d’autres mais ça nous sera bénéfique l’année prochaine car les équipe doivent réduire de taille et nous avons le bon nombre de personnes pour l’année prochaine. Nous sommes bien placés car nous avons travaillé sur la voiture de cette année mais également sur la suivante. Brawn GP ne s’arrêtera pas là. Mais je n’ai pas encore parlé sérieusement avec l’équipe au sujet de l’année prochaine. Nous voulions en terminer avec ces championnats Conducteurs et Constructeurs avant toute chose. On en parlera lorsque je n’aurai pu la gueule de bois !
Avez-vous craint que ce ne soit pas le bon jour, que vous n’y arriveriez pas aujourd’hui ?
Je pense que ma 2è année de F1 a été la plus dure. Après une bonne première année, je ne l’ai pas vraiment appréciée. C’était très agréable chez Williams et j’y ai obtenu de bons résultats, mais je n’ai pas travaillé assez. J’étais trop jeune et trop inexpérimenté. Les 2è et 3è années ont été très dures, surtout la 2è. C’est là que j’ai compris que la vitesse pure ne suffisait pas et qu’elle ne suffit pas pour gagner des courses. Il faut travailler sur divers aspects et la F1 doit devenir votre vie. Je ne savais pas ce que ma carrière deviendrait. Les seuls instants comparables sont ceux de l’année dernière. La saison avait été douloureuse, nous ne pouvions pas extraire la moindre performance de l’auto mais je savais que je pouvais travailler pour y parvenir. Puis l’hiver a été rude. Ne soyez pas désolé pour moi car tout s’est bien passé, mais l’hiver a été rude ! C’était encore plus dur pour l’écurie que pour moi. Je ne savais pas si je courrai en F1 cette année. J’avais quelques options mais rien qui me permettait de poursuivre ma carrière, alors j’ai pensé à prendre une année sabbatique. Mais le danger est d’être oublié car il y a beaucoup de pilotes et je suis content d’avoir contourné la difficulté et d’être sur la grille de départ en Australie. C’est un beau conte de fée.
Quelles sont les personnes qui vous ont le plus aidé à arriver là ?
La liste est très longue. Mon père bien évidemment, il m’a soutenu durant toute ma vie, tout comme ma famille. Au niveau de la course, toute l’équipe. Lorsque vous passez un hiver comme je l’ai fait, ce n’est pas une mince affaire, je me suis rapproché de chacun. Je suis avec cette équipe depuis 2003, et nous avons été de plus en plus proches. Nous avons traversé des étapes difficiles et il n’était pas évident pour l’écurie de rester optimiste lorsque nous avions des mauvais résultats. Mais l’équipe s’est remise en ordre de marche et elle a construit une excellente voiture. L’auto était très bonne cette année mais c’est l’effort collectif qui a tout fait.
Vous êtes maintenant plus détendu et vous pouvez aller à Abou Dhabi et gagner…
Demandez moi avant la course, parler d’Abou Dhabi ne m’intéresse pas pour le moment, je viens de devenir champion du monde. C’est tout ce dont je veux parler ce soir. Poseriez-vous la même question si j’avais fait un mauvais début de saison et que j’avais gagné les 6 dernières courses ? Non ! Ce fut une bonne année, les temps ont été durs et j’ai raté mes qualifications plusieurs fois mais j’ai pu me rattraper et c’est le plus important.
Qu’est-ce que ça fait d’être au sommet après un hiver aussi difficile ?
L’équipe n’existerait pas sans Ross. Elle porte son nom et c’est beaucoup de pression pour un seul homme. Pour lui, gagner les 2 championnats est exceptionnel. Il mérite une médaille. Il m’a beaucoup aide lors des dernières courses. Il a gagné beaucoup de championnats et il a également vécu des saisons délicates. Il a tout vécu, a été dans toutes les positions, il sait que gagner un championnat n’est pas facile et que vous devez passer par des moments difficiles. Je ne pense pas qu’on y serait arrivé sans lui.
Mark Webber a déclaré que vous alliez bien dormir car vous avez tout bétonné lors des dernières courses.
Je n’ai pas apprécié les dernières semaines, elles ont été difficile même si j’étais en tête. Même lorsque vous êtes performant et que vous menez le championnat, c’est stressant. Vous allez au lit en pendant aux qualifications et aux courses. Et vous vous réveillez en y réfléchissant encore. Ici j’étais seul, sans Jessica. J’ai demandé aux gars s’ils pouvaient rester avec moi dans ma chambre car je savais ce que serait dur, mais ils ne l’ont pas fait ! C’est bizarre car j’ai rêvé que les qualifications se passeraient mal et ça a été le cas et j’ai également rêvé la nuit dernière que je gagnerai le titre. Il y a peut-être une part de vrai dans les rêves… |