Interview Sauber : Bilan d’une saison exceptionnelle
L’écurie Sauber F1 n’avait jamais été aussi forte aussi longtemps dans l’année. Habituée à bien débuter une saison F1 puis à décliner au fur et à mesure que les monoplaces évoluaient (principalement en aérodynamique), la formation suisse a cette année fait mieux que maintenir son niveau dans la hiérarchie : elle a progressé sur la fin de l’année au point de devenir intrinsèquement plus forte qu’une écurie Renault sur le déclin.
Sauber a épinglé Toyota et Ford à son tableau de chasse, un exploit pour une écurie indépendante. 2004 fut probablement la meilleure saison de l’écurie depuis ses débuts en F1, au début des années 90. Paradoxalement, elle n’a pu décrocher le moindre podium, ce qu’elle avait pourtant fait en trois occasions par le passé. 2005 devrait permettre à Peter et ses hommes de consolider leur place dans la hiérarchie, voire d’aller ponctuellement taquiner les ténors.
Quel bilan de la saison tirez-vous ? Je pense qu’elle fut fructueuse. Nous avons terminé à la 6è place du championnat Constructeurs, comme l’année précédente, mais en terme de performance nous avons fait un pas en avant. Nous avions marqué 19 points en 2003, contre 34 cette année, tous glanés sur notre vraie valeur. Nous sommes dans une position plus forte que l’année passée, et avons en particulier progressé tout au long de l’année.
Attribuez-vous ces progrès à la seule soufflerie ? Il serait faux de l’affirmer même si cela ne fait aucun doute, c’est un facteur crucial. Pour être honnête la vitesse à laquelle nous avons pu progresser et tirer les bénéfices de notre travail fut une surprise pour nous-mêmes. J’attends la C24 avec impatience, ce sera la première Sauber a être totalement développée dans notre nouvelle soufflerie.
La F1 est dominée par les constructeurs. Comment voyez-vous l’avenir ? La présence de 7 constructeurs mondiaux a provoqué une escalade dans les budgets ces dernières années. Inutile de préciser que cela rend la vie difficile pour les écuries indépendantes. Mais pour une indépendante, Sauber a su relever le défi et faire face. Nous avons une fois de plus terminé le championnat devant les 2è et 3è plus grands constructeurs mondiaux, Toyota et Ford, avec une marge bien plus grande que précédemment. Si les coûts pouvaient être réduits, notre compétitivité serait encore plus grande car nous sommes habitués à tirer le maximum de nos ressources.
Que pensez-vous de la performance de vos pilotes ? Je suis satisfait par nos deux pilotes. Giancarlo a fait exactement ce que nous attentions de lui. Il est rapide, constant et fait peu d’erreurs. Felipe a également une très bonne vitesse à la base, et a considérablement progressé durant la saison. Il possède un talent exceptionnel lorsqu’il s’agit de dépasser un adversaire. Quasiment aucun autre pilote ne double autant d’adversaires que Felipe durant une saison. Il est un combattant et je suis certain qu’il nous ravira en de nombreuses occasions l’année prochaine.
Jacques Villeneuve sera présent au sein de l’écurie l’année prochaine. Après ses 3 Grand-Prix avec Renault cette année, certains pensent que le signer était une décision prématurée. Pour moi, tout ce qui s’est passé n’est pas une surprise car j’avais mis cela en avant dans la discussion préliminaire que j’avais eue avec Jacques. Son retour s’est passé comme je m’y attendais. Il est normal qu’un pilote de F1, après une année d’absence, revenant dans une nouvelle écurie, ait besoin d’un certain kilométrage avant d’être performant. Je ne suis pas inquiet : Jacques sera en forme pour nos essais hivernaux.
Que manque-t-il à Sauber pour devenir une grande écurie ? La différence principale entre les top teams et nous se situe au niveau des ressources financières, ce qui se traduit avant tout par un kilométrage et à un temps passé en soufflerie moindres pour nous. En vitesse pure nous avons considérablement progressé car nous étions au niveau des McLaren Mercedes ou BMW Williams en certaines occasions ; nous sommes parmi les meilleurs dans les pit stop et la fiabilité. Nous compensons notre désavantage financier par une meilleure organisation, très efficace.