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Toutes les conditions étaient réunies pour faire du 23è Grand-Prix du Japon le tournant de la saison pour Fernando Alonso. Dans des conditions de course atteignant des sommets de complexité, mêlant intempéries maximales, visibilité minimale et voiture de sécurité, l’expérience est la première arme pour éviter tous les écueils d’un parcours du combattant.
De tournant de la saison il y a bien eu. Avec le double champion du monde dans le scénario. Mais Fernando a fait une erreur de casting, au 41è des 67 tours de course dont plus du tiers a été couru sous régime de safety car. En chasse derrière Hamilton, Fernando et son expérience son allés se fracasser contre un mur longeant le Speedway pendant que les rookies – Hamilton, mais aussi Kovalainen – se dirigeaient vers un podium historique complété par Räikkönen, revenu de la dernière place.
Hamilton a franchi un nouveau palier ce week-end. En subtilisant la pole position à Alonso tout d’abord, en lui donnant une leçon en course ensuite. Un palier qui devrait le conduire tout droit vers son 1er titre de champion du monde de Formule 1, dès sa première participation au championnat. Du jamais vu dans l’Histoire de la discipline ! (laissons de côté Farina, qui débutait forcément en 1950, date de la création du championnat du monde).
Lewis a bâti son succès à la force du poignet et du talent. Un édifice antisismique qui a résisté à la pression de débuter en F1, à celle de côtoyer un double champion du monde, à l’espionnage qui a ébranlé la maison McLaren Mercedes. Le Britannique de 22 ans n’est séparé de la couronne mondiale que de 8 étages. Il en a gravi 107 à ce jour, Alonso est bloqué 12 étages plus bas, Räikkönen revient à 5 crans de l’Espagnol et Felipe Massa ne peut officiellement plus coiffer la couronne mondiale cette année.
Face au déluge et au manque de visibilité, la direction de course a pris la décision de donner le départ sous régime de voiture de sécurité. La bagatelle de 19 tours ! Les commentaires des pilotes à leurs équipes étaient un écho du passé – Fuji 1976 et les trombes d’eau qui avaient incité Niki Lauda à jeter l’éponge alors qu’il se battait pour le titre. La F1 pourrait une nouvelle fois s’inspirer des championnats Américains, NASCAR ou Champ Car, où la course est reportée – de quelques heures ou d’une journée – en cas de conditions climatiques incompatibles avec la tenue d’une course. Mais les impératifs économiques de la télévision prennent le pas sur la raison dans l’esprit et les portefeuilles des hautes sphères.
Derrière le safety car un drame se jouait, heureusement uniquement sportif : la direction de course avait omis de préciser à Ferrari que toutes les écuries devaient prendre le départ en pneus pluie. Chaussés de gommes intermédiaires, Räikkönen et Massa ont dû passer par la case stands, et donc chuter à l’arrière du peloton.
« Nous avons pris la décision de partir en intermédiaires » explique Kimi, « Il a commencé à pleuvoir légèrement derrière le safety car mais ce n’était pas vraiment un problème au contraire de la visibilité : je ne voyais rien ! Après la course j’ai appris qu’il y a une réglementation pour ce week-end, selon laquelle tout le monde doit prendre le départ en pneus pluie, mais la FIA et la direction de course ont oublié de le dire à notre équipe. Cela nous a forcés à ravitailler pendant la neutralisation. »
Briller sous la pluie et pourfendre le peloton est une habitude pour le Finlandais. Sa plus belle victoire, il l’avait acquise au Japon dans des conditions similaires et en mystifiant Fisichella dans le dernier tour. Kimi était aux prises avec une Renault cette fois-ci encore. Mais Räikkönen n’avait pas la chance qu’elle soit pilotée par le Romain. Iceman n’est pas parvenu à briser le sang-froid de Kovalainen. « Il y avait beaucoup de voitures devant moi en début de course, je ne voyais pas grand-chose et ne pouvais donc pas faire grand-chose non plus ! J’essayais de forcer l’allure dans la portion lente où il y avait moins de projection d’eau. C’était très délicat. Notre voiture était bonne mais d’autres étaient certainement mieux réglées » poursuit le Finlandais en évoquant la stratégie de la Scuderia Ferrari d’opter pour un set-up mixte. « Oui, on a perdu des points par rapport à Lewis mais je ne pouvais plus faire grand-chose après dernier pit stop » conclut l’un des héros du jour.
Deux marches plus haut, Lewis exultait sur le podium, les idées se bousculaient dans sa tête, mais une pensée très clair l’habitait : Alonso a reçu une leçon. « C’est certainement la course la plus longue de mon existence. On a été plusieurs à se demander s’il fallait continuer de courir dans ces conditions. Mais améliorer ma position au championnat du monde me donne le sentiment de toucher quelque chose. »
« Il fallait rester concentrer car la visibilité était très mauvaises et les pièges nombreux. J’avais peur que les pilotes derrière moi pendant les neutralisations soient trop proches et je demandais à l’équipe de faire en sorte que je sois suivi de moins près. Au dernier re-start j’étais un peu nerveux car Heikki était très proche. Sur la fin de course l’équipe m’a demandé de ralentir. Les pneus souffraient, je me suis installé dans un rythme qui me convenait. »
Hamilton est à 8 points du titre mondial que seul Alonso et Räikkönen peuvent mathématiquement lui contester. Kimi est logiquement hors course, et Fernando devra compter sur un abandon de son équipier pour entretenir son rêve de 3è sacre. |