Mark Webber a débarqué en Formule Un en offrant à Minardi l’une des plus belles performances de son histoire. Une arme qui s’est avérée à double tranchant pour l’Australien : personne n’attendait rien de lui avant ce jour d’été 2002 où il franchît la ligne d’arrivée de son Grand-Prix national en 5è position, en tenant en respect l’un des géants de l’industrie automobile mondiale, Toyota.
Ce 3 Mars au soir, la cote de Webber avait grimpé en flèche. D’aucuns n’hésitaient pas à le promulguer champion du monde potentiel, une distinction virtuelle dont même Fernando Alonso n’avait pas joui un an plus tôt, au sein de cette même écurie Minardi qui ne lui avait offert que des positions de fond de grille malgré son talent déjà bien affirmé.
Webber a continué de surfer sur la vague d’un succès potentiel mais non avéré en laminant Pizzonia chez Jaguar, avant de trébucher plus qu’à son tour au contact de Nick Heidfeld, en 2005. Dominé par l’Allemand jusqu’à ce qu’il déclare forfait en fin de saison, Mark est lentement mais sûrement tombé en disgrâce en assortissant ses prestations moyennes en course à des passes d’armes peu inspirées et dépassant parfois les limites de l’esprit sportif, comme Alonso peut en témoigner.
La force mentale d’un pilote se mesure souvent à sa capacité à rebondir et à apprendre de ses erreurs. En côtoyant Trulli en 2004, Alonso a pris conscience qu’il devait encore élever son niveau de pilotage et de concentration, et redescendre d’un cran dans son assurance, qui passait parfois pour de l’arrogance. Trulli et la saison 2004 furent le détonateur du talent d’Alonso comme Heidfeld et 2005 ont probablement été celui de Webber.
Cette année Mark ne tremble plus, malgré la présence à ses côtés d’un Nico Rosberg tout auréolé de son titre en GP2, de son patronyme et de son arrivée fracassante en F1 avec un record du tour à la clef à Bahreïn. Webber n’a jamais paru aussi mûr pour le podium, et se pose enfin concrètement, dans son attitude en et en dehors de la piste, comme un vainqueur de Grand-Prix potentiel. Sa prestation monégasque – dans les roues d’Alonso et Räikkönen – est sa meilleure depuis le 3 Mars 2002, et n’est pas passée inaperçue, sur le circuit le plus difficile à maîtriser de la saison. D’où son geste d’humeur et son erreur grossière : jeter son volant et tourner le dos à sa monture blessée à mort en laissant les commissaires se débrouiller avec le cadavre qui avait pour inconvénient majeur de ne pas être au point… mort.
« Webber fut plus étonnant que n’importe qui d’autre » estime Flavio Briatore, manager de Webber. Dans ‘n’importe qui’ il y a… Alonso. « Les actions de Mark grimpent en flèche aujourd’hui, c’est comme une valeur sur le marché. Elle avait chuté, mais elle remonte » affirme Briatore à Reuters. Il n’en faudra pas moins pour relancer la candidature de Webber chez Renault, hypothèse évoquée par GP2006 dès le début du mois d’Avril.
Le contrat de Webber avec Williams arrive à son terme à la fin de la présente saison, mais Sir Frank possède une option sur l’Australien, qu’il doit faire jouer avant la fin Juin. « Je suis certain que Mark est un bon pilote… s’il possède la bonne voiture » souligne Briatore. Webber a exprimé son souhait de rester dans le giron Williams. La motorisation nippone qui se profile à l’horizon 2007 n’est pas étrangère à sa position, encouragée par le regain de forme du département ingénierie de Grove.
En prenant publiquement position en faveur de Webber, Briatore a une idée derrière la tête : simple démarche pour négocier une reconduction de contrat juteuse ou premier jalon posé pour préparer l’arrivée de Mark chez Renault ? Peut-être un peu des deux. Si Räikkönen se laisse charmer par les sirènes de Maranello et non par celles d’Enstone, Webber sera un candidat naturel pour le losange, et l’un des mieux cotés derrière les trois ténors : Schumacher, Alonso, Räikkönen. |