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Directeur technique châssis chez Toyota, Pascal Vasselon est un amoureux de Spa et de la Belgique. Au point d’y avoir élu domicile. Histoire de fuir une certaine France et d’être baigné dans une atmosphère à nulle autre pareille. L’ingénieur Français explique quelles sont les contraintes spécifiques et les beautés révélées ou cachées de Spa-Francorchamps et replace Toyota dans le contexte du GP de Belgique.
Pourquoi Spa est-il spécial ?
Pour la plupart des pilotes, Spa est probablement le plus beau circuit au monde ; seul Suzuka arrive à rivaliser. La raison en est que Spa est l’un des derniers circuits naturels de la F1 ce qui veut dire que son tracé n’est pas artificiel et qu’il est dicté par la géographie des environs. Et puis il y a le côté campagnard de Spa, les collines et les forêts qui créent une atmosphère fabuleuse. L’autre raison est que c’est un circuit rapide ; les pilotes et les spectateurs sont fascinés par la vitesse. Hormis Monaco, qui est l’exception qui confirme la règle, je n’ai jamais entendu un pilote être excité par un circuit lent. La combinaison de tous ces facteurs rend l’endroit très spécial.
Est-ce toujours magique après les récents changements apportés au circuit ?
Le circuit de Spa est chargé d’histoire et l’on pourrait dire qu’il a perdu une partie de sa magie avec tous les changements apportés à la fin des années 70 lorsqu’il est passé d’un circuit immense comme le Nordschleife du Nürburgring au tracé actuel. Le premier dessin semblait totalement fou car les voitures traversaient des villages pied au plancher et la sécurité était loin des critères qu’elle a atteints aujourd’hui. C’était un endroit magique mais il devait évoluer. La génération actuelle des tracés de Spa a été adaptée récemment mais elle n’a pas vraiment modifié la nature du circuit et l’attrait qu’il exerce ne s’est pas dilué.
Et l’Eau Rouge ?
C’est un virage fantastique car il y a des changements de niveau dans toutes les directions ; vous allez de gauche à droite mais également de bas en haut en même temps. La combinaison rend l’Eau Rouge unique mais je dois dire qu’elle a perdu un peu de sa magie maintenant que les pilotes la négocient facilement pied au plancher. Nous nous attendons à ce que ce soit encore le cas si la piste est sèche et ce malgré la nouvelle donne concernant l’aérodynamique ; c’est en grande partie dû au fait que les pneus slicks compensent la perte d’appuis en augmentant le grip. Mais l’Eau Rouge redevient magique sous la pluie ; admirer une F1 y passer sur une piste humide est tout simplement incroyable. C’est particulièrement impressionnant si vous avez observé d’autres voitures passer dans ce même virage dans des conditions similaires car les F1 sont massivement plus rapides.
Dans quelle mesure l’Eau Rouge est-elle important sur l’ensemble d’un tour ? Est-t-elle cruciale ou bien est-ce un virage comme un autre ?
Ce n’est plus un endroit où l’on gagne ou perd une seconde comme ça a pu être le cas par le passé, avant qu’on la passe à fond. Ce n’est pas un ligne droite bien sûr, mais ça revient au même si l’on prend en compte le fait qu’on la passe à fond. Mais il faut quand même tenir compte de ce virage lorsque l’on réfléchit aux set-up général de l’auto car il faut éviter d’avoir une voiture qui talonne.
Quelles types de contraintes subit l’auto dans l’Eau Rouge ?
Nous concevons l’auto pour qu’elle résiste aux charges extrêmes et l’Eau Rouge est l’un des facteurs qui entrent en ligne de compte car elle combine une accélération verticale, à cause de la compression, et une charge aérodynamique latérale. On ne retrouve pas ces facteurs ailleurs dans la saison, surtout en ce qui concerne les suspensions, et nos voitures sont donc conçues spécialement pour résister aux forcés générées dans l’Eau Rouge.
Spa est-il exigeant pour les moteurs ?
C’est tout simplement le moteur le plus important de la saison pour les moteurs, même avant Monza. C’est dû au fait qu’à Spa vous avez des grandes courbes rapides ainsi que des lignes droites alors qu’à Monza vous n’avez que des lignes droites et des chicanes lentes. En conséquence, nous planifions d’utiliser un nouveau moteur sur les 2 voitures.
Certaines pièces sont-t-elles épargnées par Spa ?
Le freinage est inférieur à la moyenne et c’est le seul système qui n’est pas mis à forte contribution.
Le mauvais temps est-il un facteur d’importance ?
A Spa, il est possible de vous retrouver dans une situation où vous anticipez un set-up pour piste humide, et nous l’avons fait en 2005 lorsque la pluie était garantie. Même lorsque le climat semble clément, il faut être prêt à tout. Mais ne croyez pas que Spa ne puisse pas offrir une météo agréable. J’habite près d’ici et le nombre de belles journées ensoleillées est assez important ; sa réputation est exagérée !
L’écurie aura-t-elle des évolutions ?
Spa et Monza sont les 2 circuits qui nécessitent le moins d’appuis cette année et nous avons pris cette donnée en compte. Nous aurons donc un package spécial pour ces 2 courses, qui comprend des ailerons avant et arrière revus et corrigés, ainsi que d’autres changements aérodynamiques.
Que fait l’écurie pour corriger le tir par rapport aux énormes écarts aperçus entre les rythmes de qualifications et de course ?
Timo a signé le meilleur tour en course à Valence et ce n’était pas un fait isolé. Si vous analysez tous les temps au tour, il était constamment rapide mais a clairement eu des problèmes en qualifications. Nous ne sommes pas satisfaits de cette situation et nous analysons toutes les pistes – le comportement des pneus, les réglages, la préparation des qualifications – afin d’extraire une meilleure performance de la voiture sur un tour lancé. Nous étudions chaque facteur qui pourrait expliquer que nous sommes plus rapides en course qu’en qualifications et nous prendrons toutes les mesures nécessaires pour y remédier. |