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2010 est l’année des grandes premières. Après l’état des lieux de rentrée dans la maison Ferrari, en tout point remarquable, effectué par Alonso à Bahreïn, c’était aujourd’hui au tour de Jenson Button de s’ériger en héros de McLaren Mercedes en lui offrant son premier succès de l’année. Jenson a eu une lecture fine et intelligente d’une course rendue piégeuse par une brève averse venue humidifier l’Albert Park 10 minutes avant le départ. La pluie fine s’est faite douche Ecossaise pour Sebastian Vettel que seul une casse mécanique – cette fois-ci dissimulée dans les freins – pouvait empêcher de voler vers un triomphe. Kubica et Renault s’offrent un podium savoureux devant les deux Ferrari.
Météo : Une averse avant le départ, puis nuageux
Air : 24-27°C
Piste : 22-25°C
La friture continue sur la radio de Sebastian Vettel : un moteur grillé à Bahreïn, des freins flambés à Melbourne. « Vous pouvez y faire quelque chose ? » suppliait l’Allemand à Sakhir, « Les freins à l’avant gauche, c’est tout, c’est cuit » a lâché Sebastian laconiquement, désabusé, pour prévenir son équipe que son infortune en course suivait la même phase exponentielle que son invincibilité en qualifications (2 pole positions en autant de tentatives). 27 tours d’une précision chirurgicale, malgré les pièges de l’averse concomitante à la procédure de mise en place sur la pré-grille, et puis s’en va tout droit dans un bac à graviers du circuit de l’Albert Park alors qu’il venait de freiner en ligne pour la énième fois, que son avance culminait déjà à plus de 5 secondes sur Button, 8 sur Kubica.
Il en faudra plus pour abattre l’homme fort de ce début de saison. Magnanime dans la tourmente, Sebastian a comme à son habitude dédouané son équipe pour mieux l’encourager à se racheter dès la semaine prochaine, « Il n’y a pas grand-chose à dire. J’avais eu une alerte dans le virage 13 un peu plus tôt dans le tour, j’avais senti des vibrations. Pour finir premier il faut d’abord finir. Nous faisons tous de notre mieux, ce n’est la faute de personne mais nous devons résoudre ce problème de fiabilité et nous assurer de faire une course et de voir l’arrivée en Malaisie. »
Jenson Button n’en demandait pas tant, lui qui avait également tutoyé les bas-côtés au 5è tour. Au propre comme eu figuré, c’était le tournant du 26è Grand-Prix d’Australie. Jenson avait intelligemment compris que la trajectoire était en passe de sécher et que sa chance pouvait naître d’un coup de poker. Alors que Red Bull Racing prévenait Vettel d’un retour imminent de la pluie, le champion du monde en titre s’engouffrait dans les stands pour chausser des slicks tendres. En pneus froids et humides, Jenson partait à la faute dès le 1er virage mais claquait le tour suivant un 1:39.126 qui reprenait la bagatelle de 2 secondes à l’auteur du meilleur tour en course, Mark Webber (1:41.251). Button venait de donner le signal de migration des monoplaces vers leurs pénates des stands. « Il est beaucoup plus facile pour le pilote de sentir les conditions de piste que pour l’équipe depuis le bord de la piste et en regardant la télévision. J’ai rapidement pris cette décision » explique Jenson en endossant publiquement et intelligemment l’entière responsabilité de la manœuvre, « Il restait 50 tours à faire avec ce train de pneus, c’était risqué mais je le sentais bien ! Les erreurs guettaient partout sur le circuit et d’ailleurs je suis parti à la faute dans le premier virage. Puis j’ai trouvé un bon rythme, je l’ai maintenu et je suis resté en piste quand les autres s’arrêtaient… c’était la bonne option ! »
Une bonne option qui fut aussi celle de Robert Kubica, de Felipe Massa et de Fernando Alonso : le carré d’as a effectué un pit stop unique. Une fois devant les adeptes de 2 pit stops, ils ont contrôlé les évènements avec maestria en sachant que la perte d’appuis lorsque l’on suit de près une voiture est telle qu’elle fait barrage aux dépassements. Alonso a douté du bien-fondé de sa stratégie et a demandé à son écurie pourquoi elle ne le rappelait pas aux stands alors qu’il se heurtait à un mur rouge appelé Massa et qu’Hamilton lui revenait dessus comme un boulet, « Je ne veux pas le savoir ! » a coupé Fernando en guise de réponse à son ingénieur qui le prévenait du retour du Britannique qui venait de chausser son 2è train de pneus slicks tendres. « Je ne comprends pas, pourquoi ne me rappelez-vous pas ? » a questionné l’Asturien en n’osant pas prendre sa tactique à son compte, à l’instar d’un Button. Jenson lui, n’était pas habité par le doute… « Je ne sais pas ce qu’elles étaient les stratégies des autres, mais moi je n’ai pas douté, je ne pensais pas qu’il fallait passer au stand à la fin ; mes pneus se sont parfaitement comportés. A u, moment donné, j’avais du graining sur les pneus arrière et ça revenait fort derrière, donc j’ai modifié mon pilotage pour contrôler l’écart. Quand il fallait attaquer un peu plus je le faisais pour être de rallier l’arrivée en tête sans passer par les stands. »
Button rendrait presque son exploit banal. Humainement et sportivement, le Britannique a pourtant fait honneur à son titre mondial et définitivement fait taire ses détracteurs. La difficulté était bien réelle à Melbourne comme en témoigne un Kubica un peu éberlué d’être sur la 2è marche du podium devant les Ferrari, à la régulière. « C’était difficile à ce moment-là [juste après le pit stop] car il fallait chauffer les pneus ; on a vu que Jenson était très rapide en slicks et on a pris la décision de les passer aussi » explique le pilote Renault. Robert n’était pas le seul à opter pour les slicks au 8è tour : Massa, Rosberg, Hamilton, Barrichello, Petrov, De La Rosa, Alonso, Schumacher, Kovalainen et Chandhok suivaient le panache blanc de Button. Avec un coup de pouce du losange, le pilote de Cracovie a dansé la Polonaise à Massa. « J’ai passé Felipe au moment du ravitaillement. Mais il était plus rapide dans les lignes droites et je manquais de confiance en début de relais. Je n’ai pas réussi à suivre Jenson et puis j’ai souffert d’une grosse dégradation de mes pneus. J’ai demandé à mon équipe s’il fallait faire un pit stop mais nous avons décidé de rester en piste. J’ai essayé d’être agressif pour chauffer les pneus. Les Ferrari sont remontées mais j’ai réussi à maintenir mes pneus en état. »
En délicatesse avec ses pneus, Massa tenait en respect Alonso plus qu’il n’essayait d’attaquer Kubica. L’Espagnol était quant à lui une proie apparemment facile pour Hamilton et Webber qui bombardaient les écrans de chronométrages de temps inscrits en violet (les records du tour). Blotti dans l’aileron arrière de la F10, Hamilton perdait ses appuis et faisait surchauffer ses pneus avant. Le chasseur est devenu le chassé : Webber était à l’affut. Hamilton a porté une attaque sur Alonso, s’est porté à sa hauteur et même plus mais il était à l’extérieur d’un virage à angle droit. Alonso a retardé son freinage et allumé une roue en se déportant sur l’extérieur, le Britannique a sagement levé le pied. Du grand art de la part des deux protagonistes. Semblant ignorer de quoi il retournait, Webber n’a rien anticipé et a percuté Hamilton. Deuxième boulette du Red Bull Australien qui avait déjà harponné Hamilton au 15è tour en résistant inutilement.
Après un passage par les graviers, Lewis sauvera finalement la 6è place, Webber fera-t-il de même avec son baquet Red Bull en fin d’année ? Libéré de la menace Alonso/Hamilton/Webber, Massa pouvait savourer son 2è podium de la saison. Le Brésilien est le seul à avoir fait preuve de cette régularité depuis le début de l’année. Elle pourrait payer au moment du décompte final. « C’est génial, surtout en Australie car avant mon meilleur résultat ici était 6è » explique avec clairvoyance le Pauliste, « 2è au championnat à 4 points d’Alonso, « Je ne peux pas dire c’était la meilleure des courses. Mais c’est bien pour un GP qui ne m’a pas souvent réussi. Mon départ était superbe mais j’ai perdu du temps en piste, j’ai fait des petites erreurs ici ou là, mais c’est un résultat important dans l’optique du championnat. J’avais beaucoup de pression, maintenant ça va mieux, l’équipe a fait un bon travail et je suis content d’être 3è, content aussi de ma position au championnat. »
Au championnat, Button est le fer de lance de la révolte derrière Ferrari. 3è à 6 points d’Alonso mais aussi (et surtout !) 8 longueurs devant Hamilton, Jenson sait qu’il a surtout marqué des gros points en interne. « C’est très spécial, il m’a fallu du temps pour prendre mes marques au sein de l’équipe, du temps aussi pour être à l’aise dans l’auto ; c’est difficile de trouver les mots justes mais c’est un sentiment très spécial. Ce résultat est un grand bénéficie dont je retirerai beaucoup de choses. »
Après la monotonie de Bahreïn les intempéries ont pimenté Melbourne et le championnat est plus palpitant que jamais avec des luttes somptueuses entre équipiers et celle de Vettel contre l’adversité. Parmi les 8 pilotes de pointe qui, sur le papier, devaient se disputer la vedette, seul un septuple champion du monde est décramponné. |