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Il y eut trois courses sur le circuit du Nürburgring aujourd’hui. Trois courses et trois vainqueurs différents, même si l’histoire ne retiendra que la victoire de Fernando Alonso, qui a mystifié Felipe Massa à 5 tours du but.
Le déluge
Alors que les 22 acteurs du Grand-Prix d’Europe ont entamé leur tour de mise en formation sur la grille, les prévisions météorologiques s’avèrent exactes à la minute près : la pluie s’invite sur le circuit du Nürburgring. Aucun des illustres stratèges du muret des stands n’ose tenter un pari que le néophyte Markus Winkelhock prend, sans grand risque depuis le fin fond du peloton. L’Allemand s’engouffre dans la voie des stands et troque ses pneus rainurés pour des intermédiaires.
Au départ, Räikkönen et Massa virent en tête sous le nez d’Alonso alors que les deux BMW s’accrochent dans le virage 2 et que Lewis Hamilton se propulse au 4è rang. Le Britannique ne profite pas longtemps de son envol fulgurant. Heurté par l’arrière par Heidfeld le leader du championnat craint un affaissement de sa suspension et dégringole dans le classement. Le premier secteur du premier tour est à peine bouclé que le déluge s’abat sur le peloton. Räikkönen montre la voie en prenant la direction des stands, mais le Finlandais est surpris par une plaque d’humidité et doit braquer en direction de la piste pour éviter de s’encastrer dans le mur des stands. Une erreur qui profite à Massa, qui n’a pas à patienter derrière son équipier pour ravitailler. Le Brésilien ressort des stands le premier en devançant Alonso, Webber, Coulthard et Kovalainen.
Felipe n’est pas pour autant le leader de la course. Markus Winkelhock a touché le jack pot et boucle le premier tour de course F1 de sa carrière en tête ! A l’abord du 3è tour ils sont 5 à se faire piéger par les rigoles qui traversent la piste au premier virage. Les deux Toro Rosso, Button, Sutil et Hamilton. Ce dernier est remis à flot par les commissaires, qui estiment qu’il est en position dangereuse et peut donc bénéficier d’un coup de main pour se sortir du guêpier. Au même moment Räikkönen observe enfin son pit stop après avoir navigué à vue en pneus slicks. La bévue du Finlandais se transforme en opportunité : il monte des pneus pluie et non intermédiaires comme la grande majorité de ses adversaires. Mais Kimi n’a pas le temps de profiter de l’aubaine. Face à l’hécatombe et aux conditions de courses qui deviennent par trop dangereuses, le directeur de course Charlie Whiting décide d’interrompre le Grand-Prix au drapeau rouge.
L’éclaircie
Le 2è départ est donné sous régime de safety car en respectant l’ordre du tour qui a précédé l’interruption de course. Hamilton qui s’était retrouvé à un tour des leaders à la suite de sa sortie de piste, dépasse tout le peloton et la voiture de sécurité. Mais au lieu de venir se positionner sagement à l’arrière du paquet, le Britannique entre aux stands et tente un coup de poker en montant des pneus rainurés. Le soleil étant de retour, la piste sèche par endroit et Lewis espère gagner plus de temps à éviter un pit stop qu’à temporiser quelques tours le temps que ses pneus soient compatibles avec la trajectoire.
Winkelhock ne conserve pas longtemps le leadership et laisse intelligemment passer Massa et Alonso sans leur résister et après avoir pleinement profité de ses minutes de gloire. Webber, Coulthard, Kovalainen, Räikkönen et Wurz ne tardent pas à corriger la Spyker à leur tour.
Au 11è tour et alors que Massa et Alonso roulent roues dans roues, Räikkönen s’extirpe du trafic en choisissant de monter des pneus rainurés avant ses principaux rivaux, qui l’imitent un tour plus tard. Le Finlandais a parfaitement manœuvré et se retrouve au 3è rang derrière Massa et Alonso. Il revient dans les échappements de l’Espagnol, puis montre quelques signes de faiblesses annonciateurs d’une panne. Elle intervient au 30è passage. L’hydraulique de la boîte de vitesses d’Iceman a rendu l’âme.
Räikkönen abandonne pour la 2è fois de la saison sur casse mécanique après sa déconvenue de Barcelone. La fiabilité de la Rossa est prise en défaut pour la 4è fois de l’année – les flèches d’argent ne déplorent qu’un incident, aux qualifications du GP de France – et pourrait bien être la clef du succès aux deux championnats. Si Massa a été frappé par un coup du sort à deux reprises, ce ne fut jamais rhédibitoire pour sa course. Le Pauliste a pu limiter la casse en marquant des points en Australie et en Grande-Bretagne. Räikkönen est au contraire sévèrement châtié avec deux scores vierges qui pèsent lourd dans la balance.
Le Grand-Prix d’Europe semble se diriger vers un épilogue sans nuage pour Massa, mais c’est sans compter sur ceux qui s’amoncèlent une nouvelle fois au dessus du Nürburgring. La pluie refait son apparition au 51è des 60 tours. La bruine se transforme en averse et contraint les pilotes à repasser par les stands pour changer de gommes.
Douche écossaise en Allemagne
La dernière averse du massif de l’Eifel a pris des allures de douche écossaise pour la Scuderia Ferrari, qui avait déjà eu maille à partir avec l’hydraulique, celle de Räikkönen et non des cieux. En pneus intermédiaires, la MP4-22 d’Alonso surfe sur la nouvelle vague du Nürburgring et prend le dessus sur Massa. L’avantage se chiffre en poignées de dixièmes de seconde. Le Brésilien tente bien de résister, mais doit s’incliner au 55è tour lorsque Fernando le déborde à l’extérieur d’un virage lent. La manœuvre est somptueuse mais les deux voitures se touchent, ce qu’Alonso ne manquera pas de reprocher à Felipe après l’arrivée dans un élan caractériel dont le champion du monde est coutumier.
Ferrari boit le calice jusqu’à la lie en voyant Michael Schumacher remettre la coupe des Constructeurs à Ron Dennis. A conditions inhabituelles podium inhabituel. Mark Webber offre à Red Bull Racing son premier résultat probant de l’année, devant Wurz et les deux BMW.
Hamilton franchi la ligne d’arrivée en sandwich entre les deux Renault et à la porte des points. Pour la première fois de la saison il ne monte pas sur le podium, mais conserve 2 points d’avance sur Alonso au championnat et 11 sur Massa alors que Räikkönen – paradoxalement l’homme fort du moment – accuse toujours un retard de 18 points. |