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28 Sept - 17:20
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Singapour – Course : La 20è palpitante d’Alonso

Le Grand-Prix de Singapour devait être historique pour le fait d’être couru en nocturne et d’être le premier de l’histoire de la Cité-Etat Asiatique ; il est entré dans la légende de la F1 en livrant un scénario de course rocambolesque et en sacrant Fernando Alonso. Ferrari a sabordé la course de Massa en s’entêtant à employer un système de feux inopérants pour ses ravitaillements. Entre la chute vertigineuse de Massa dans le classement et l’abandon de Räikkönen, la Rossa enregistre son 1er résultat vierge depuis Melbourne 2006. 3è, Hamilton consolide son avance au championnat.

 

Météo : Ciel dégagé, piste sèche

Air : 28-30°C

Piste : 30-33°C

Vent : 1-2,7 mps

Humidité : 66-79%

 

De l’art de savoir provoquer la chance

 

En Formule 1 comme dans n’importe quel sport, il faut savoir provoquer la chance pour se créer des opportunités. Renault est passée maître en la matière. Sa stratégie de course décalée avait permis à Nelson Piquet – à son corps défendant puisque le Brésilien ne voulait pas de la tactique du losange – de réaliser un hold up en Allemagne. Renault a de nouveau opté pour une stratégie radicale à Singapour, cette fois-ci appliquée à la feuille de route de son double champion du monde. Fernando Alonso en a fait le meilleur usage et a été formidablement bien servi par le destin lorsque, ironie du sort, son équipier Nelson Piquet fracassait sa monoplace au 15è tour et forçait la voiture de sécurité à neutraliser la course. Le énième incident du Brésilien servait admirablement la cause d’Alonso qui venait de ravitailler et bouclait son premier tour de sortie des stands en voyant les Mercedes – de sécurité et des médecins et non pas les MP4-23 – surgir devant lui au bout de la ligne droite des stands.

 

12è avant la neutralisation longue de 5 tours, Fernando se voyait propulsé au 5è rang au moment du re-start, et bientôt 3è grâce aux pénalités infligées à Rosberg (1er) et Kubica (4è) pour avoir ravitaillé alors que l’allée des stands n’était pas ouverte. L’Allemand et le Polonais étaient au bord de la panne sèche et devait choisir entre une pénalité stop and go de 10 secondes ou l’abandon, une ineptie d’un règlement sportif que chacun déplore dans le paddock. Fernando est grimpé dans la hiérarchie après le ravitaillement de Fisichella et il ne lui restait plus qu’à croquer Trulli, ce qu’il fit lorsque l’Italien observa son unique pit stop au 33è passage. La suite fut une formalité pour un pilote rompu à l’exercice de la victoire et qui géra idéalement la seconde neutralisation provoquée par l’accident de Sutil qui n’avait d’autre choix que de heurter un mur de protection pour éviter Massa qui reprenait sa course après un contact ce même mur.


Fernando ne niait pas la grande part de chance qui avait décidé de l’issue heureuse du 1er GP de Singapour qui le voyait célébrer sa 20è victoire en Grand-Prix. « C’est de la réussite, j’ai ravitaillé juste avant le crash de Nelson. Nous avions décidé de faire un 1er relais très agressif pour avoir une chance de dépasser le maximum de voitures » nous explique Alonso, « Nous étions inquiets au sujet du fonctionnement des freins et nous avons donc tenté quelque chose de différent avec un 1er relais très court. Ce n’était malheureusement pas assez mais j’ai eu beaucoup de chance. »

 

Mais la réussite d’Alonso et de Renault ne doit pas être l’arbre qui cache la forêt. Aux mains de l’Espagnol, la R28 avait dominé les 2 dernières séances d’essais libres et avait le potentiel pour briguer la pole position. En fin de parcours, Alonso se rapprochait d’ailleurs du meilleur tour en course qui était la propriété de Kimi Räikkönen, le 9è de la saison pour le Finlandais. « Après le dernier pit stop j’avais l’avantage sur Nico car mes pneus étaient plus performants et j’ai pu m’échapper. Oui, mon rythme était bon sur la fin, le potentiel de la voiture m’a permis de m’échapper. Nous étions 1 seconde derrière BMW en début de saison, nous sommes maintenant avec eux sinon devant eux. »

 

Hamilton le sage

 

Dans la 2è moitié de la course, les adversaires directs de Fernando avaient pour nom Rosberg et Coulthard. Les gros bras ? Crispés en fond de peloton pour les duettistes de Ferrari et pour Kovalainen, sagement installé derrière l’Ecossais pour Lewis Hamilton. 2è derrière Massa au moment de la neutralisation et en entrant dans les stands pour ravitailler, l’Anglais avait perdu du terrain dans la frénésie de son pit stop et du trafic de l’allée des stands. « En début de course Felipe était rapide et après 3 tours je commençais à user mes pneus arrière. Il fallait que je les préserve » révèle le pilote McLaren Mercedes qui avait perdu le contact avec le leader au 14è tour et voyait Räikkönen grossir dans ses rétroviseurs. « Dans les stands, j’ai dû attendre que d’autres voitures passent et ça m’a fait perdre du temps. Mon rythme était bon par la suite mais j’étais bloqué derrière Coulthard et même si j’étais une bonne seconde plus rapide que lui, il était très difficile de le passer. »

 

A Singapour, Hamilton a offert un autre visage du pilote qui péchait par excès de précipitation en début de saison. Patient derrière son compatriote, Lewis a attendu 11 tours pour le déborder, sans martyriser ses pneus ni prendre le moindre risque, trop conscient qu’en entrant dans la dernière ligne droite du championnat, la moindre erreur peut coûter cher.

 

Même sagesse et même patience une fois revenu au contact de Nico Rosberg et au moment de l’ultime re-start. Lewis évitait de se blottir dans les échappements de l’Allemand afin de ne pas risquer de le percuter si ce dernier partait à la faute. Il a vaguement essayé de mettre la pression sur le pilote Williams sans jamais tomber dans ses travers de début de saison. « J’ai essayé de me rapprocher de Nico pour voir si je pouvais avoir une opportunité de le passer mais je n’avais aucune raison de prendre des risques car les Ferrari étaient hors course » explique Lewis en vieux briscard, « J’ai attaqué autant qu’il était judicieux de le faire, mais je ne voulais pas dépasser la limite. Je suis donc très content de marquer ces gros points. »

 

Une leçon de pragmatisme qui permet à Lewis de multiplier son avance au championnat par 7  (de 1 à 7 points de mieux que Felipe Massa), et à McLaren Mercedes de déborder Ferrari au championnat Constructeurs.

 

Ferrari : Le jour et la nuit

 

Les 2 Ferrari étaient sur des rails en début d’épreuve. Felipe Massa s’était impeccablement arraché de l’emplacement de la pole position et avait viré en tête devant Hamilton. Initialement décramponné par le pilote McLaren Mercedes lorsque ses pneus étaient trop froids, Räikkönen avait trouvé son rythme de croisière à partir du 9è tour. Le Finlandais signait plusieurs meilleurs tours en course et revenait dans les échappements d’Hamilton au 14è passage. Les deux F2008 semblaient alors en mesure de signer un doublé retentissant.

 

Leurs destins croisés se sont joués dans le même repère espace-temps : dans les stands, alors que la voiture de sécurité était en piste après l’accident de Piquet. Trompé par la rampe des feux automatiques qui dicte au pilote la conduite à tenir dans les stands, Felipe Massa était prompt à démarrer au passage des feux verts. Las, le coupleur du ravitailleur était encore engagé dans la Ferrari qui quittait son emplacement en renversant un mécanicien et avec 3 mètres de tuyaux accrochée à elle. Plusieurs membres de la Scuderia emboîtaient le pas de Miodrag Kotur pour accourir au chevet du cheval cabré, immobilisé au bout de l’allée des stands. Après maints efforts, le coupleur était extrait de la Ferrari qui reprenait la piste après un passage par les stands qui avait duré la bagatelle de 123 secondes !

 

De 1er, Massa venait de chuter au dernier rang. Deux rangs devant lui ? Son équipier Räikkönen bien sûr ! Le Finlandais avait dû patienter derrière le Brésilien dans les stands et l’incident de Massa avait doublé le handicap.

 

En désespoir de cause, Ferrari modifiait alors la stratégie de Massa et le faisait ravitailler à nouveau à mi-course en pensant qu’une autre neutralisation brouillonne aurait pu annuler le handicap de Felipe. Il n’en fut rien et c’est au contraire Räikkönen qui tira le mieux son épingle du jeu en remontant à la 5è place. N’ayant rien à perdre et n’écoutant que son instinct de compétiteur, Kimi tentait de déloger Glock de la 4è place. La Ferrari numéro décollait sur un ergot de la chicane rapide et se fracassait contre le mur de protection.

 

Le regard de Kimi pendant la cérémonie du podium qu’il contemplait de loin en disait long : Räikkönen prenait conscience que la couronne mondiale venait définitivement de glisser de sa tête.

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