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Felipe Massa et Kimi Räikkönen n’ont a priori pas grand-chose en commun – en attendant de les voir réunis sous le même toit de Maranello. Sur le podium d’Istanbul pourtant, le Brésilien a imité la gestuelle du Finlandais en sirotant une gorgée de champagne avant de gratifier la foule massée à ses pieds et ses collègues de podium de la traditionnelle gerbe de bulles. Une gorgée de bonheur pur et simple. La joie de Felipe Massa était communicative et d’autant plus méritée qu’il vient de terrasser Schumacher et Alonso, excusez du peu.
« C’est vraiment fantastique, j’ai travaillé tellement dur toute ma vie et ma carrière pour atteindre ce but » soufflait Massa avant de laisser échapper quelques larmes, débordé par l’émotion. « C’est une journée fantastique pour moi, comme le fut celle d’hier. La voiture était bien équilibrée, j’ai réussi à me détacher et à ménager la voiture en étant agressif mais propre. C’est un rêve qui devient réalité. Tout gosse je rêvais d’être pilote Ferrari, je gagne ma première victoire pour Ferrari, ça représente beaucoup pour moi. »

Peu importe que toute l’attention se soit portée sur le formidable duel qui a opposé ses deux glorieux rivaux dans les derniers tours d’une course que ni Fernando ni Michael n’ont été en mesure de remporter. La domination de Massa fut pleine et entière, construite dès les qualifications avec une superbe Pole Position pendant que Schumacher partait à la faute à deux reprises - bien aidé par une lourde charge en carburant très pénalisante - et devait se montrer prudent dans son dernier tour lancé. Massa sur la première marche du podium, Schumacher deux crans en dessous, la photo finish du Grand-Prix de Turquie ressemble à un passage de témoin. Michael a accumulé les approximations depuis deux courses : une obstination coupable en Hongrie qui lui a valu un abandon alors qu’il était en position de marquer un minimum de 5 points. Deux erreurs en qualifications en Turquie qui l’ont mis sous la pression d’Alonso au départ, qu’il a in extremis pu contenir au premier virage. Enfin, une sortie de piste en course à Istanbul (un tour bouclé en 1:33.769 à la mi-course après une frayeur dans le virage 8, contre 1:29.037 pour Alonso) qui lui a coûté 4 secondes, celles-là mêmes qui lui ont tant fait défaut au moment de ressortir des stands pour la dernière fois, derrière Alonso. Les erreurs de Schumacher ne sont pas de son seul fait : privé de Pole à l'issue de qualifications difficiles avec beaucoup d'essence à bord, l'Allemand était au pied du mur en course après la neutralisation sous safety car : derrière Alonso et chaussé de gommes développant du bullage.
Pourtant il s’en est fallu de peu que Schumacher ne reparte de Turquie avec 4 points de mieux qu’Alonso et seulement 6 de retard sur l’Espagnol au championnat du monde. Si le carambolage du premier virage n’a en effet – et de manière surprenante – pas motivé la sortie du safety car, la sortie de piste de Liuzzi au même endroit, 13 tours plus tard, a ruiné les chances de victoire du septuple champion du monde. Deuxième derrière Massa auquel il ne concédait que 2 secondes avant l’incident, il comptait 8 secondes d’avance sur Alonso. Sans l’intervention du safety car, le scénario était écrit à l’avance : Schumacher aurait débordé Massa à la faveur des premiers pit stops (comme aux USA) et se serait envolé vers la victoire. Une fois la voiture de sécurité en piste, tous les leaders se sont engouffré dans les stands. Schumacher a patienté derrière Massa, et a vu Alonso lui filer sous le nez.

« Avec mon deuxième train, pour une raison inconnue, j’avais du bullage sur les pneus arrière, la voiture était difficile à maîtriser. Je suis sorti de la piste et il a fallu attaquer par la suite. Les pneus bons mais il n’y avait pas grand-chose à faire ; je ne pouvais pas être aussi rapide qu’au début » explique l’Allemand à sa descente de voiture. « C’était une belle bagarre jusqu’à la fin. Félicitation à Felipe qui a fait un travail remarquable. J’ai réussi à me rapprocher de lui juste avant la sortie du safety car, mais il n’a pas commis d’erreur, a été rapide et constant. Il est bon pour l’écurie de pouvoir compter sur lui pour prendre le relais quand ça ne va pas pour l’autre pilote. »
Malheureux en Hongrie malgré une prestation éblouissante, Alonso n’a pas manqué de chance en Turquie. La neutralisation lui a permis de s’intercaler entre les deux Ferrari, puis de contrôler le retour de son rival au championnat. « Nous avons eu de la chance avec le safety car. J’ai pu me libérer de l’emprise de Michael au re-start car j’étais plus léger » analyse Fernando. « C’était serré mais je suis très heureux… enfin, je ne suis pas content car je n’ai pas gagné, mais Felipe s’échappait et nous ne pouvions rien y faire. Je pensais pouvoir maintenir Michael en respect ; je jouais avec mon moteur et ses tours/min en l’utilisant peu à certains endroits et plus à d’autres. »

La timing de la neutralisation a pénalisé tous les pilotes partis avec une stratégie à un arrêt de moins, parmi lesquels Jarno Trulli et Ralf Schumacher, revenus du diable Vauvert jusque dans le top 8 synonyme de points. L’Allemand a pu conserver son bien sous le drapeau à damiers (la 7è place, soit 8 de mieux que sa position de grille), mais l’Italien termine à la porte des points.
Derrière le trio vedette d’Istanbul, Jenson Button a concédé le minimum : 12 secondes de retard sur Massa en franchissant la ligne d’arrivée, ce qui confirme le potentiel du Britannique et de la RA106. Le Britannique devance un De La Rosa plutôt pâle et qui n’a pas su reprendre le flambeau de Räikkönen – victime d’une crevaison après une collision avec Speed au départ, puis d’une sortie de piste consécutive à l’incident – et Giancarlo Fisichella, parti en tête-à-queue au premier virage et condamné à rattraper le terrain perdu le reste de l’épreuve.
A quatre épreuves de la fin du championnat, Alonso possède une marge de 12 points sur Schumacher alors que Renault n’a plus que le minimum vital d’avance sur Ferrari : 2 points. |